TENDANCE STEAMPUNK/LA POETIQUE DU POINÇON DE GENEVE

HOMMAGE, ALVARO MAGGINI, GREGORY BRUTTIN, JEAN-MARC PONTROUE, ROGER DUBUIS, SIHH 2014

 

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Hommage automatique en or rose. 42 mm. Cadran : guilloché, appliques des chiffres romains en or rose, compteur des petites secondes azuré à 9 heures, fond argenté et anthracite, décalques noirs et blancs, rehaut anthracite, décalques minuterie, inscriptions Poinçon de Genève, Swiss made et logo Roger Dubuis blancs, Appliques en or rose

 

– Merci au directeur de création Alvaro Maggini, d’avoir mis le doigt dessus, mettant en scène la collection Hommage au dernier SIHH, lui qui fait « l’amour tous les jours avec Roger Dubuis » (Cf. ITW in L’Argus des montres  du 16/11/2013).

 

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Et c’est devenu une évidence après la visite du stand/site fantastique et onirique de la plus jeune enseigne du groupe Richemont (née en 1995, acquise par le groupe en 2008) : Roger Dubuis baigne dans le steampunk. Et, par association, le prestigieux Poinçon de Genève aussi, qui pare 100 % de la production maison. Ainsi qu’une partie non négligeable de la création horlogère suisse.

 

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Mouvement RD620 qui équipe la montre Hommage automatique. Mouvement mécanique à remontage automatique, 133⁄4’’’, 35 rubis, réglage fin en cinq positions, rhodié, décor « Côtes de Genève ». Spécificités : Heures et minutes au centre, petite seconde à 9h. Nombre de pièces : 184. Epaisseur : 4.50 mm. Fréquence : 4 Hz (28,800 alt/h). Réserve de marche : 52 heures

 

Le steampunk, c’est quoi ? C’est une tendance vivante, mouvante, ici esthétique, du rétro-futurisme, soit la vision du futur avant les sixties. Ce futur antérieur n’ayant pas imaginé, malgré l’humour du googie*, ni Internet, encore moins les réseaux sociaux, cette autre variante du rétro-futurisme est avant tout une projection du futur dans une ère qu’on nommera victorienne alternative. Y rode la présence fantasmagorique d’un dandy dont la tombe au Père Lachaise fut régulièrement recouverte de rouge à lèvres de ses admiratrices (Oscar Wilde, sculpture  de Jacob Epstein)…

 

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Tour à guillocher sur son socle en chêne massif. Le XIXe siècle fut très friand du flinqué, « genre de guillochage, écrit Franco Cologni dans Les Secrets de Vacheron Constantin, dont la gravure prend naissance à partir d’un rayon du cadran servant d’axe aux dessins et qui répond au joli nom de « rayon de gloire ».

 

Le steampunk emprunte à Jules Vernes, à G. H. Welles, à l’anticipation, à la SF, et se projette d’un futur immédiat dans une esthétique industrielle 1900 qui fait la part belle aux anachronismes, blessures à l’Histoire qui créent les aspérités du style ou du récit, punctum  barthien, de fait.

 

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Mais attention, soyez les bienvenus en poétique, non en poésie pure. Ici, dans les travées du SIHH, la source du plaisir esthétique est avant tout imitation artistique. Ce qui, par ailleurs, n’enlève rien au talent des artisans, artistes et officiants de toute obédience qui s’y adonnent. Ce qui est sympa avec le steampunk, c’est qu’il remet l’humain au premier plan, dénonçant de fait toute technologie aliénante, corruptrice de ce passé-futur appréhendé, donc rassurant, mais avant tout destiné au fantasme.

 

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Chez Roger Dubuis, 31 calibres sont produits et décorés entièrement à la main pour répondre aux exigences du Poinçon de Genève en termes d’esthétique, de technique et de performance.

 

Hier, chez Cartier, la montre Ballon en fut la plus belle expression. Aujourd’hui, Roger Dubuis enfonce le clou en un raffinement Belle Epoque. Il emprunte à Jaquet Droz ses automates comme à Breguet et Vacheron Constantin (qui fut fournisseur de la maison parisienne) son art du guillochage sur un tour conduit à la main. Ce qui est extraordinaire ici, c’est que le guilloché rayonnant (en vogue dès la fin du XVIIIe siècle) ne vient pas inciser la matière précieuse, hier, du cadran de la montre de poche, mais la platine elle-même du mouvement, métamorphosée en cadran de la montre bracelet d’aujourd’hui. La lecture de l’heure touche ici à l’essentiel : le regard embrasse directement le cœur tatoué de la montre.

 

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Jean-Marc Pontroué, CEO de Roger Dubuis

 

Tout le reste n’est que littérature, à commencer par la présence sur le stand Roger Dubuis d’un coucou géant de 800 kg et de 5,60 m de hauteur qui devait assurer au CEO de l’enseigne, Jean-Marc Pontroué, quelque belle retombée presse en ces travées où Jaeger-LeCoultre et Vacheron Constantin se livraient une guerre fratricide sur l’extra-plat… sous l’œil expert mais discret de Piaget.

EV

* Tendance futuriste des fifties calquée sur la conquête spatiale

 

L’univers stylistique et R & D de RD

 

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Alvaro Maggini, Chronocator de Roger Dubuis, Le style, c’est lui

 

– Le système solaire de Roger Dubuis est composé de quatre planètes qui tournent autour de la collection Hommage dont le guilloché rayonnant sur la platine  symbolise l’astre solaire, sa puissance, son énergie. Symbole universel bien évidemment attaché à la lumière qui détruit tous les obscurantismes.

 

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En ce sens, Alvaro Maggini est le Chronocator de Roger Dubuis, maître du temps qui définit son style et donc assure sa pérennité. Le Steampunk qui par essence dilate le temps, est l’éther de cet univers, « dépouillé de tout caractère mécanique » (Einstein). Il propage la lumière.

 

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Gregory Bruttin, directeur développement mouvement de Roger Dubuis et maître de la haute horlogerie

 

La planète Warrior est composée essentiellement de silicium (« deux fois plus léger que le titane, lui-même déjà deux fois moins lourd que l’acier, tout en étant quatre fois plus dur », assure-t-on chez Roger Dubuis, ce qui permet d’augmenter la précision.  Sa collection : Excalibur.  Une planète haute horlogère qui chasse sur les terres de Richard Mille. La Quatuor, vedette du SIHH 2013,  imposa sous les sunlights  le jeune directeur développement mouvement, Gregory Bruttin.

La planète Player chic regorge de tungstène, à l’image du micro-rotor de ses mouvements automatiques. Sa collection : La Monégasque,  à l’élégance à la fois vintage et contemporaine, chasse naturellement quant à elle sur les terres de Patek, Vacheron et Lange.

 

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Velvet Haute-Joaillerie. Entièrement pavées de 367 diamants (pour un total d’environ 11.26 cts) taillés baguette sur le cadran, la carrure, les anses, le décor et la boucle déployante, et taillés brillant sur le rehaut, ces pièces d’exception se distinguent par deux pierres précieuses taillées sur mesure de 0, 50 cts environ chacune. Ici, deux saphrs roses.

 

La planète Diva renferme du diamant. Sa collection : Velvet. Une planète haute-joaillière qui empiète sur un des terrains de jeu de Piaget. Aujourd’hui, glamoureuse à souhait en ses nouveautés, car moins attachées à reprendre les codes maison que naguère dont elles s’affranchissent dans le pavage. L’effet de profondeur, provoqué par la disposition des diamants taille baguette sur le cadran est saisissant qui plonge comme un entonnoir au centre et cœur de montre animé par le très joli mouvement automatique RD821, parce que les femmes le valent bien. Une montre (36 mm, or gris) qui est avant tout un mouvement serti, donc, où le diamant retrouve son signifié : la mémoire de la terre.

 

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La planète Venturer est l’astre du saphir.  Sa collection : Pulsion. Montres techniques dites outdoor dont le chrono au cadran ajouré permettait déjà d’entrevoir le mouvement (RD680) ou la Tourbillon volant squelette en titane et son mouvement mécanique à remontage manuel RD505SQ. Toutes deux sont serties d’une glace saphir qui, vissée, s’étend jusqu’aux flancs du boîtier, faisant office de lunette avec ses chiffres gravés sous le verre. A porter en pilotant un coupé Jaguar Type E comme le beau Tomer Sisley en un scénario déjà écrit par le DA maison.

EV