L’OBJET COMMUNICANT/Les canons royaux du marketing

TRIBUTE TO  HONOUR, STEPHEN WEBSTER, COLIN SCOTT, REVOL, GARRARD, ROYAL SALUTE, CHIVAS BROTHER

 

 

– L’alcool et la célébration ont toujours fait bon ménage. Buvons un coup à la santé de Chivas Brother qui nous a livré Royal Salut 21 pour le couronnement de la reine d’Angleterre en 1953.  21 ans d’âge minimum pour chaque whisky qui compose ce blend. 21 comme la tradition navale des 21 coups de canons. Histoire d’honorer… une célébration en imposant un nouveau canon en offre premium. « L’histoire de Royal Salut commence  quand celle des autres, en général, finit », répète inlassablement le très pédagogue  maître-assembleur Colin Scott. Plus fort encore, il y a le  62 Gun Salut, renchérit le même Colin Scott, transformé en historien : « 21 coups de canon pour honorer les personnalités politiques, 20 coups de canon pour saluer la mairie de Londres et enfin, 21 encore pour célébrer le pouvoir royal, symbolisé par la Tour de Londres. »

 

Colin Scott, maître assembleur, Chivas Brother

 

On les tire le deuxième samedi du mois de juin. Souveraineté, noblesse… comme le propos d’un blend dont l’assemblage est composé, cette fois-ci de whiskies de plus de 40 ans d’âge. Comptez environ 2 500 € (150 €  pour le 21) pour ce qui est considéré comme le meilleur blend premium in the world. Gagnez 5 ans encore en vieillissement d’eaux de vie, à 45 ans, et vous débouchez sur ce « chef d’œuvre de perfection », assure  Colin Scott, qu’est le  Tribute to Honour  serti en un flacon de porcelaine noire sculpté par la très frenchie et drômoise Maison Revol puis gravé et décoré par les orfèvres de la Maison Garrard, se revendiquant comme le plus ancien joaillier du monde (1735) – ce qui ne fera pas plaisir à Mellerio dits Meller.

 

 

Ce Royal Salute orné de 22 carats de diamants noirs et blancs « d’une pureté absolue », affirme le directeur de création de Garrard, Stephen Webster. délaisse le royal jubilé, pour rendre hommage aux Honneurs de l’Ecosses ou trésor de la couronne écossaise. Et si vous souriez encore à l’évocation d’une offre limitée à 21 flacons, sachez que ça n’a rien à voir avec les canons, affirme-t-on chez Chivas,  mais avec la part de l’ange. sur des eaux de vie pouvant atteindre 70 ans. « Le pinacle de la création du whisky » est forcément très limité. 

 

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  »La part des anges », version Ken Loach. Prix du jury du 65e Festival de Cannes

 

« Cette célébration du spirit de l’Ecosse se devait de garder la particularité du Royal Salut tout en le dépassant en termes de qualité. En poussant la création à un point jamais atteint. » On l’aura compris dans les propos de Colin Scott : le flacon n’est pas le canon mais le fruit d’un objectif : « développer un produit extraordinaire qui n’existait  pas jusqu’à aujourd’hui. » Et ca a un prix : 180 000 €. A ce niveau-là, bien-sûr, on n’a pas gouté. C’est la limite de l’exercice. Chivas a inventé le premier whisky pas fait pour être consommé. Ni même pour être acheté.  Célébrant l’Ecosse en son contenant, il en restitue l’esprit en son contenu.

 

Stephen-Webster, directeur de création, Garrard

 

Stephen Webster, le garant du style Garrard depuis cinq ans, n’a pas non plus  trempé les lèvres dans le divin nectar pour combiner « rareté, pouvoir et masculinité ». Il s’est plongé, dit-il, dans les archives, Le style Garrard, c’est « le rococo, le flamboyant ».  « L’argent est au cœur de tout, insiste-t-il. Garrard, c’est le silver wear avec une plume art nouveau au traité contemporain. » La Maison a, de fait,  toujours été flexible,  créative, sertissant pendant près de 160 ans  pour la couronne -  154 ans exactement, de 1845 à 2009 -  des gemmes qui venaient de tout le Commonwealth.

 

 

Le projet était, précise-t-il, « l’opportunité de pousser à l’extrême l’artisanat – 341 heures de travail sur chaque flacon –  en intégrant sur la porcelaine (une argile pure issue de Nouvelle-Zélande) le savoir-faire joaillier. »  « Un challenge. Notre expertise, c’est le métal. » Et aussi les trophées que la vénérable Maison anglaise réalise pour Audi, Harley Davidson, la Coupe du monde de rugby, l’America’s Cup. Habituée à célébrer l’exploit, Garrard célèbre l’unique, « une création fait pour durer », insiste-t-il, révélant ainsi la véritable vocation du flacon, la communication.

EV