TENDANCE DISGRESSION/HLL sous le chapeau

COUTURE ET PRET A PORTER, RUE JACOB, RUE DE SEINE, HERVE L. LEROUX, SARAH CHURCHILL, EDWARD HENRI MOLYNEUX, MARIE-LAURE DE NOAILLES, FRANCOIS-MARIE BANIER, MADELEINE CASTAING, SOUTINE, JULIETTE GRECO, MAN RAY, ALI MAHDAVI, NAOMI WATTS, CAROLE BOUQUET, DITA VON TEESE, ANDREE PUTMAN, LE MARQUIS DE SADE, LA DUCHESSE DE GUERMANTES, ELISABETH TAYLOR

 

Sarah Churchill et son calot Molyneux - 1936 Photo DR

 

Dans sa boutique, posé à la diable contre le mur à même la moquette, juste en haut de l’escalier, il y a un portrait de Sarah Millecent Hermione Churchill, peu avant son mariage avec Vic Oliver. La seconde fille de Winston et Clémentine Churchill, porte un très élégant calot pointu en feutre Molyneux. Edward Henri Molyneux qui, dès 1919, est le couturier des femmes les plus en vue. Comme lui de celles qui achètent leur robe. Et qui commença par dessiner des chapeaux.

 

 

Le portrait est signé DR. Dommage.  Juste 30 ans plus tard, il aurait pu être signé du nom de celui dont Marie-Laure de Noailles     disait : Il a « la voix de Cocteau, l’allure de Rimbaud et la chevelure de Saint-Saens. »

 

 

Le propriétaire du portrait comme Marie-Laure de Noailles, du passé , déteste tout rappel. « Et qu’elle descendait en droite ligne du marquis de Sade et de la duchesse de Guermantes, et qu’elle avait été le mécène du mouvement surréaliste. Elle vivait l’avenir », écrit François-Marie Banier qui n’a donc pas signé le portrait mais connaît bien les lieux.

 

Détail d'un dessin d'Ali Mahdavi, punaisé sur le mur

 

Car, en haut de cet escalier, on fut aussi chez « La petite Madeleine des décorateurs »,  Cf. le portrait de Soutine au Met. Madeleine Castaing dont une mauvaise langue familiale dit que le même photographe lui aurait cassé le col du fémur. Lui, mon couturier, il le bande, le drape.

 

Créations d'Hervé L. Leroux dans le showroom. Madeleine Castaing aurait adoré la moquette

 

En haut de cet escalier donc, on est chez tous ces gens là et chez lui.  Je le regarde travailler et je pense à ses robes faites pour ces allures défuntes. Marcellin en aurait offert  des silhouettes de rêve à Madeleine. Comme Charles à Marie-Laure. C’est le Saint-Germain qui m’émeut, celui qui règle un temps les déjeuners des écrivains de droite au Procope avant de soutenir les étudiants sur les barricades. Et puis comme Greco, il aime le noir mon créateur, au point de l’épouser en baptisant une de ses collections Soulages.

 

 

Revenu de tout, il a du panache et du charme. Il me narre son art l’aiguille en main comme un bretteur. Et moi, je pense aux femmes. A toutes celles qui se déshabillent ici pour mieux s’habiller. A leur chair, à l’esprit de leur chair. A tout ce noir. « Déshabillez-moi », chante Gréco.  Marie-Laure et Madeleine, mécènes de Man Ray à FMB, de Soutine à FMB. Lui, mon couturier, est mécène de ces femmes, de leur allure.

 

L'escalier du showroom de la rue de Seine qui mène au sous-sol, est signé Andrée Putman

 

Plus loin, en son nouveau showroom, caché rue de Seine,  il  est des icones de tissu posé sur des bustiers qui dessinent un panthéon de déesses très sexuées. Carole Bouquet, Naomi Watts, Dita Von Teese, mi femmes, mi divines et ce grâce à l’évocation d’un mauvais garçon qui, « Sur un air de fête »,  me débobine le fil entre La vicomtesse du bizarre et Castaing, entre le marquis de Sade, la duchesse de Guermantes et Elisabeth Taylor.  C’est tout çà, Hervé L. Leroux.

Eric Valz