Reflets troubles en eaux claires Si on n’aime pas la pub, on pourra toujours se …
TOCANTES/De l’art mortuaire à l’art du combat
LANGE 1 TOURBILLON QUANTIEME PERPETUEL, A. LANGE & SÖHNE, DUOMETRE A SPHEROTOURBILLON, JAEGER-LECOULTRE, BREGUET CLASSIQUE PHASES DE LUNE
La montre est un pigment. Notion plus facilement compréhensible avec un cœur de quartz, je vous l’accorde, quand le pigment est synthétique, provenant d’une source minérale. La montre est un pigment donc, quand les savoir-faire nécessaires à son élaboration sont entrés dans le domaine de la micromécanique (on a broyé leur taille) avant d’être mis en suspension dans un liant liquide, plus ou moins fluide selon les complications qui en résulteront. Ce liant liquide, qui nous coule littéralement des mains, c’est le temps.
Comme le pigment, la montre est par ailleurs insoluble, fixée sur le poignet. Ce qui est souvent soluble, c’est la communication qui s’y attache comme une boucle déployante. Comme est soluble dans le temps, le poignet qui la porte. C’est précisément sur ce point que les grandes complications affichent leur paradoxe. Leur maîtrise aigüe du temps ne cesse de comptabiliser les secondes qui meurent. L’affichage les rend irrémédiablement identifiables. Recenser ces secondes mortes, c’est sortir de la confidence d’une information, l’heure, pour leur donner du corps, une existence. On pourra dire alors que la montre est un édifice religieux qui accorde autant d’aptitudes aux secondes défuntes que les guichets ou cadrans qui les appréhendent. La montre est ici un chant religieux, voire un requiem des mérites révolus. L’horloger devient main morte qui prélève son dû sur l’héritage du temps décédé. Art mortuaire donc qui livre à la vue la révélation de ces petites morts perpétuelles qui, mises bout à bout en annoncent une autre, imminente, la notre. Et pourtant, ça nous effraie peu, et on peut les acheter ces montres qui mesurent… l’impalpable.
La foi de ceux qui les achètent se doit d’être ardente et profonde, eux qui sculptent en cet océan de sable la mesure de leur identité propre, là où d’autres n’y verront qu’ossuaire, voire compte à rebours implacable du trépas.
De même pourra-t-on écrire qu’en développant la fréquence du balancier, on livre à l’heure une seconde sans heurt, qui fluidifie la progression du temps mais abrège la réserve de marche. Comme la vision d’un électroencéphalogramme plat, annonciateur de mort clinique.
On préfèrera alors cette vieille complication dite de la seconde morte (film ci-dessus) où la trotteuse sursaute à chaque seconde, initiant l’immobilisme dans l’intervalle.
A.Lange & Söhne livre en un clin d’œil et 41,9 mm la plupart de ces complications avec la Lange 1 tourbillon quantième perpétuel. Pour plus de lisibilité des affichages calendaires, aucune découpe du cadran ne vient révéler le tourbillon. Sauf à ôter la belle et admirer la minuscule cage tournant autour de son axe (pour compenser l’influence de l’attraction terrestre sur le balancier) à travers le fond en verre saphir. Les fonctions sont à l’avenant du savoir-faire de l’illustre allemande : affichage des heures, des minutes et des petites secondes ; tourbillon avec arrêt secondes breveté ; quantième perpétuel avec grande date, jour de la semaine, mois – affichage très original autour de celui de l’heure)et année bissextile ; indication jour/nuit ; affichage des phases de lune.
On notera la masse oscillante en platine, plus dense que l’or, qui augmente l’efficacité du processus de remontage (50 heures de réserve de marche). Cette densification de la mesure se fait souvent au détriment de la finesse du boîtier. Il faut tout de même 12,7 mm d’épaisseur pour contenir le mouvement et les complications.

Duomètre à Sphérotourbillon de Jaeger-LeCoultre. La montre contient deux mécanismes autonomes, avec chacun sa propre source d’énergie et partageant un organe réglant commun
A un mm près (42 mm) de diamètre, le nouveau Duomètre à Sphérotourbillon de Jaeger-LeCoultre livre le quantième avec son sphérotourbillon apparent et une épaisseur grimpant à 14,1 mm. Et ce, à la grâce au concept Dual Wing, révélé en 2007 , dont l’affichage imposé des heures (décentré sur l’axe 3h-9 h) révèle le caractère bicéphale. La montre contient deux mécanismes autonomes, avec chacun sa propre source d’énergie et partageant un organe réglant commun.
Le clou du spectacle est assuré, bien sûr, par le tourbillon avec un axe de rotation supplémentaire censé lutter plus et mieux encore contre la gravité terrestre et…. toutes les positions que peut prendre une montre portée. Un effet spectaculaire dans cette mesure de l’impalpable qui offre au regard l’illusion de la vie dans l’affichage, rappelons-le avec le quantième perpétuel, du temps décédé.
A l’opposé de cette approche, on citera la Breguet Classique Phases de lune, apparue l’an dernière à Bâle, dont les aiguilles, telles des fleurets démouchetés, ferraillent sans cesse entre temps qui passe et réserve de marche. Entre le temps qui s’écoule et la vie propre de votre montre. Un regard combatif sous les phases de lune positionnées au top, à midi.

Les aiguilles , telles des fleurets démouchetés, ferraillent sans cesse entre temps qui passe et réserve de marche
Un cadran dynamique et vivant dont le guillochage et l’or gris de la fine lunette se marient admirablement avec la lune. Rappelons que la couleur argent est associée à cet astre. Jadis, on tira des balles d’argent dans les nuages pour tuer les sorcières du temps. Loin de cette anecdote belliqueuse, les phases de lune seront un précieux partenaire pour tout vigneron pétri de biodynamique. A chacun son terroir.
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