L’EVENEMENT/Les métamorphoses lumineuses

DESIGN, PHILIPPE STARCK, MICHELE DE LUCCHI, ALAIN MOATTI & HENRI RIVIERE, JAIME HAYON, ERIKO HORIKI, ARIK LEVY, YANN KERSALE, GUILLAUME GELLUSEAU, THIERRY GUERLAIN, DELPHINE DE SEGOGNE, BACCARAT HIGHLIGHTS

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Créations, recréations, récréations, Baccarat sample son ADN pour illuminer l’avenir. Et forcément, ça plaît au nietzschéen « Exul » qui milite pour une « revisitation » progressiste du passé. Pour preuve, il n’y a pas que les fours qui fument à la Manufacture mais les cerveaux des designers comme ceux du service marketing qui auront réuni toutes leurs réalisations sous une même collection, à la gloire du cristal comme du luminaire : Baccarat Highlights. Soit quelques années de travail sur la lumière pour un résultat, jugé somptueux par les spécialistes, qui aura illuminé le centre de Milan (Palazzo Morando, via Sant’andrea, 6). Royale pampille sur le lustre, toutes les créations ont été shootées au cœur de la Manufacture par Philippe Lacombe, photographe très luxe (Van Cleef & Arpels – the Poetry of Time –, Cartier, YSL, Roger Vivier, Vuitton, Hermès, Gucci, Armani, Cavalli, Bell & Ross), déjà appréhendé par la maison de la Place des Etats-Unis pour immortaliser ses pampilles en bijoux. Sous les regards croisés de Thierry Guerlain et Delphine de Ségogne, directrice image et édition de Baccarat, qui offrent ainsi un Zénith… aux containers.

A tout seigneur, tout honneur : Philippe Starck, le rénovateur enchanteur des lustres et lustres du 11, place des Etats-Unis (2003), claque des talons comme Marie Poppins et ouvre le bal avec Marie Coquine, « revisitation » simple, délicate et poétique, du lustre Zénith 12 Lumières.

Pour sa première participation chez Baccarat, Michele De Lucchi, le barbu du groupe de Memphis et grand adepte des sphères – la fameuse First Chair, 1983 –, délivre Sfera ou contenu et contenant – une carafe – se juxtaposent au gré de l’éclairage. Intello et saisissant.

Les architectes Alain Moatti & Henri Rivière signent le premier lustre plat de l’histoire Baccarat. Très LED, voire abstrait en un environnement de carbone structuré par les feux du cristal en nuée blanche. Et en lustre comme une réminiscence lumineuse de la Voilette cannoise.

Jaime Hayon revisite, quant à lui, son étonnante proposition Crystal Candy Set (2009) qui avait projeté Baccarat en univers manga. Céramique et cristal clair composent à l’envi un univers habité de rondeurs apaisantes. Une toute douce Candy Light en collerette nid d’abeilles.

Eriko Horiki, poursuivant sa quête du « Japanese paper for modern interior » depuis son atelier de Kyoto, infiltre un ovni baptisé Shizuku, tout droit évadé du monde flottant. Traduction : gouttes de lunes, pour un Zénith 12 lumières délicieusement enrobé (bobèches et balustre) de papier très épais (Washi). Et quand Eriko dit : « Je suis convaincue que l’attitude essentielle à toute création est d’étudier le passé afin d’imaginer l’avenir », forcément ça nous ravit. Guillaume Gellusseau, directeur marketing international et communication de Baccarat lui offre ici une première et très forte mise en avant. Car si l’on est habitué aux « réinterprétations » Stark des codes, rassuré par la lisibilité du travail d’un Jaime Hayon voire, au contraire, par à la quasi-imprévisibilité des propositions d’un Arik Levy cependant obsédé par la branche de lustre (Torch 2007, Home sweet Home…), pour la lanterne d’Eriko Horiki, il en va tout autrement. « Une non-évidence conceptuelle, résume Guillaume Gellusseau, qui unit deux savoir-faire et deux esthétiques traditionnelles. Ce fut un process très long d’unir le washi au cristal. C’est le perfectionnisme d’Eriko qui a suscité l’adhésion. »

L’éclectique Arik Levy, créateur de la très griffée collection Intangible en 2007, anamorphose le Zénith en Ellipse 16 lumières et le sertit d’une coupole pour l’adapter à toutes les hauteurs de plafond. Un travail à mille lieux de sa proposition Luminescence au Museum of Art de Santa Monica, l’an dernier.

Enfin, le plasticien de la lumière Yann Kersalé – le créateur du jardin d’ombres du musée du quai Branly – quitte un instant ses scènes urbaines pour revenir sur son travail présenté lors des Designer’s Days à l’aube de l’été dernier. Son Jardin de cristal voit refleurir ses carafes sur leur immense tige de canne de souffleurs de verre. Magique, la collection de prototypes de lampadaires Jessoufl (réalisation prévue pour 2012) n’est pas prête de s’essouffler.

EV