La métamorphose du quotidien
LUXE, CREATION, MARKETING, POESIE, ART, POLITIQUE
La technique est simple : avancer à reculons en regardant devant soi, dans le rétroviseur. Surréaliste ? Pas du tout, c’est tout moi dans mon management, mon marketing, ma communication.
Se regarder, c’est déjà affronter son passé. Le miroir est un rétroviseur. Mais qui me renvoie une image qui n’est pas moi. Mon visage est inversé. Le temps que je le perçoive, il est déjà du passé. Il est un immédiat trompeur.
Une image qui m’occulte en partie, moi, Maison du luxe qui s’interdit de s’afficher comme telle sur son territoire. Luxe, mot banni des bannières et du print comme si Rousseau avait remporté haut la main cette fameuse querelle du XVIIIe siècle.
Héritage, ADN, savoir-faire, patrimoine, portes ouvertes, tout est bon pour justifier, voire excuser des prix astronomiques tout en suscitant la demande par la rareté de l’offre. Rareté provoquée qui évite d’embaucher, décuple les marges et abreuve les phantasmes. Et il n’y a pas que la rue du Faubourg Saint-Honoré qui tire la ficelle. Le luxe n’est pas technique marketing.
Le luxe, c’est la métamorphose du quotidien. Métamorphose provoquée par la création, son seul territoire. Un acte résolument artistique, poétique, politique. Un art pour une vie plus belle. C’est ce que fait Baume & Mercier en imposant un nouveau canon à prix serré pour une montre automatique or, la Clifton en boîtier 39 mm à 5 500 €. Ou encore Jean-Claude Ellena cherchant l’inspiration du nouveau jus Hermès (en septembre) dans la boîte à épice cancalaise d’Olivier Rœllinger. Voire Montblanc qui assoit son écriture par le biais d’une communication événementielle sensible et militante. Nespresso qui envoie un humaniste photographe, Reza, en immersion en plantations dans le cadre du 10e anniversaire du programme AAA pour une qualité durable Et mon Fauchon, bien-sûr, qui du cul de la Madeleine transgresse tous les tabous à chaque prise de parole.
C’est tout çà, Exul, l’envers du luxe, dont la seule ambition journalistique est de tirer, par son traitement, le marché vers le haut. Et qui laisse aux autres le soin d’une vision consumérisme provoquée par la fadeur communicante de l’offre. Place Vendôme, tous les catalogues produits se ressemblent. Si avec Fauchon, on sait pourquoi Ducros se décarcasse, chez les joailliers, on est souvent très loin du compte avec du Maty sur fond blanc ou gris… Moi, si je suis sertisseur, c’est simple, je sors mon revolver !
Eric Valz





















